Catégorie : Critique

Critique littérature, théâtre, musique, poésie, peinture, sculpture, cinéma, chorégraphie, danse, arts plastiques, etc.

  • Une voyelle, une consonne

    Une voyelle sépare κοινός de καινός. Un alpha à la place d’un omicron, rien de plus. Le commun, le neuf. La langue grecque a posé les deux mots à un iota l’un de l’autre, comme pour nous encourager à les penser ensemble. On dit Bach, Basquiat, Beethoven, et l’on entend la fatigue du dit. Le…

  • Le bignonia retrouvé

    Bergounioux publie Le Matin des origines en 1992. Une phrase y porte tout le différend : « Je l’ai retrouvée, haut ceinturée comme une incroyable du Directoire, orangée, fraîche éclose, trente ans plus tard. » La fleur, c’est le bignonia de la Roque, en Quercy, qui se nouait à la rampe en fer de l’escalier monumental de la…

  • Crémant, Bach et le sac mal fait

    Dans les Entretiens avec un dévoyé, Clément Rosset, sous le pseudonyme de Roger Crémant, fait parler un voleur de disques. LUI a confisqué La Belle Hélène chez un client ; il l’écoute tous les jours, c’est sa bonne pioche. D’habitude, dit-il : je me retrouve avec des Messes, des Motets pour temps de pénitence, ou des opéras…

  • Toute image est une absence ?

    Trente-six mille ans avant nous, dans la grotte Chauvet, un homme pose la main contre la roche, prend du pigment rouge dans la bouche, souffle. Il retire la main. La paroi a gardé le contour en réserve, blanche sur fond d’ocre. La main est encore là. Rien qui renvoie ailleurs. Pas de scène, pas de…

  • Au café avec Crémant — Rosset ?

    Clément Rosset, Entretiens avec un dévoyé ou De la philosophie considérée comme dialogue, Fata Morgana, 2026 L’avant-propos prévient. « Je m’expose à un double reproche : avoir donné la parole à un personnage dont la singularité des goûts et des opinions pourrait être un objet de scandale, ou, pire, d’ennui. » Roger Crémant, le pseudonyme satirique de Clément…

  • Hirt, l’Arietta, et ce qui tient

    À propos d’André Hirt, La Dernière Sonate, Kimé, Chantier Faustus III. Il y a des livres qui appellent une lecture lente — et une autre lecture encore. Celui d’André Hirt est de ceux-là. Troisième volet du Chantier Faustus, il reprend et approfondit un travail commencé il y a des années. Sur le roman de Thomas Mann,…

  • Didi-Huberman — l’éboulis a une forme

    Cap Sounion, fin d’après-midi. Le temple de Poséidon, ce qu’il en reste. Dix-huit colonnes blanches au-dessus de la mer. Le marbre garde encore la chaleur du jour. On s’approche, on touche. Le bleu derrière. Le corps tombe. Pas de fronton, pas de toit, pas de statue. Une moitié de péristyle. On tombe. J’y pense en…

  • La condition musicale – et au-delà

    André Hirt, La condition musicale, Encre Marine, 2018 Le livre commence dans une note de bas de page. La première, là où se concentre parfois l’essentiel. Hirt y raconte la « rencontre » avec le Quatuor op. 132 de Beethoven, « événement sociologiquement surgi de rien ». Ni le milieu, ni l’éducation, ni le capital culturel n’expliquent cette rencontre.…

  • Revenir, augmenter

    On a tous été saisi. Une chanson de trois accords, un soir d’été, et tout le corps cède. Gorge serrée, ventre noué, quelque chose entre la joie et la peine qui ne se nomme pas. L’émotion brute ne demande ni préparation, ni culture, ni deuxième écoute. Elle frappe. Et c’est assez. On y revient. Même…

  • Joyce, le tas qui tient

    Paris, 1939. James Joyce dépose Finnegans Wake après dix-sept ans de travail. Six cent vingt-huit pages. Soixante langues. Aucune concession. Il ne simplifie rien, n’explique rien. Il dépose et meurt deux ans plus tard. Le livre est illisible. L’accusation revient à chaque génération, intacte. La défense aussi : pas illisible — dense. Chaque mot comprime deux langues,…