Archives : Notes

  • Index

    Je feuillette un gros essai. Je regarde l’index. Au hasard. Rembrandt, deux entrées. La première, le clair-obscur. La seconde, dans une liste de grands noms. Webern, trois entrées. Une liste d’œuvres. Une pique contre la musique pour musicologues. Un comparatif avec l’architecture moderne. Les œuvres n’entrent pas. Les noms circulent.

  • Fiat ars — et alors ?

    Fiat justitia, pereat mundus. Que la justice soit faite, le monde dût-il périr. On attribue la formule à Ferdinand Ier. Benjamin, dans l’épilogue de L’Œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique, la retourne : le fascisme esthétisant proclame Fiat ars — pereat mundus. Que l’art soit fait, le monde dût-il périr. La formule suppose que le…

  • Le tiret — suspect

    Le Monde rapporte qu’un tiret cadratin dans un tweet suffit désormais à prouver qu’on n’en est pas l’auteur. Le premier ministre s’est fait épingler. La preuve : deux tirets longs encadrant trois mots. C’est cocasse. Sur mon bureau, en ce moment : Marcel Conche, Héraclite — Fragments et Épicure — Lettres et Maximes. Suspects. Rosset ouvre Le Réel…

  • Le Grand Art — Valéry et le passage de l’arbitraire au nécessaire

    Valéry, toujours dans Degas danse dessin : « Ce que j’appelle « Le Grand Art », c’est simplement l’art qui exige que toutes les facultés d’un homme s’y emploient, et dont les œuvres sont telles que toutes les facultés d’un autre soient invoquées et se doivent intéresser à les comprendre… » Pas une faculté — toutes. Pas la sensibilité seule, pas…

  • Tekhnè contre esthétique — ou pourquoi « qu’est-ce que l’art ? » est une impasse

    Charles Kahn intitule son livre sur Héraclite The Art and Thought of Heraclitus. Le titre passe inaperçu. Il ne devrait pas. Quel « art » ? Celui du VIe siècle avant notre ère — où le mot n’existe pas ? Celui du XVIIIe siècle européen — qui l’invente ? Celui d’aujourd’hui — qui ne sait plus ce qu’il désigne ? Le mot grec est…

  • Focillon, ou l’atelier contre la tribune

    Nietzsche, Généalogie de la morale, III, §6 : Kant a pensé le beau depuis le spectateur — jamais depuis l’artiste. Le diagnostic a cent trente-huit ans. Il reste intact. Toute l’esthétique philosophique, ou presque, continue de penser l’art depuis celui qui regarde, écoute, lit. Pas depuis celui qui fait. Focillon est l’exception. Vie des formes (1934) ne…

  • Depuis l’artiste

    Nietzsche, IIIe Dissertation de la Généalogie de la morale, §6 : « La seule chose que je veuille souligner, c’est que, comme tous les philosophes, au lieu d’envisager le problème esthétique en partant de l’expérience de l’artiste (du créateur), Kant a médité sur l’art et le beau du seul point de vue du « spectateur » et qu’il a…

  • Phidias entre deux feux

    Un vieux livre de Henri Lechat, Phidias et la sculpture grecque au Vᵉ siècle (1906, réédition 1924, E. de Boccard, Éditeur, Paris). Style suranné, érudition impeccable. Deux pôles. Polyclète et l’école d’Argos : le Doryphore comme canon. Proportions fixées, eurythmie du corps, beauté idéale — la forme qui tient. Esprit dorien. En face, Myron : le Discobole, le…

  • Pourquoi les philosophes écrivent-ils si bien de la musique ?

    Hirt, dans La condition musicale : « Si l’on accepte, mais comment pourrait-il en être autrement, que le monde est ce qui nous apparaît dans le dépliage de l’image qu’il finit par être, alors dans cette réflexion on ne pourra plus jamais se satisfaire de l’idée que la musique n’est rien que de la musique. » C’est admirablement…

  • Valéry sur Degas : l’art savant

    « Une œuvre était pour Degas le résultat d’une quantité indéfinie d’études, et puis, d’une série d’opérations. » Deux temps. L’accumulation sans terme — puis la construction. Le premier ne suffit pas ; le second fait l’œuvre. « Série » : un ordre, une séquence, des gestes dénombrables. Pas l’inspiration. Des opérations concrètes, menées dans le matériau, contre le matériau. Âmes sensibles…