Archives : Notes

  • Tekhnè contre esthétique — ou pourquoi « qu’est-ce que l’art ? » est une impasse

    Charles Kahn intitule son livre sur Héraclite The Art and Thought of Heraclitus. Le titre passe inaperçu. Il ne devrait pas. Quel « art » ? Celui du VIe siècle avant notre ère — où le mot n’existe pas ? Celui du XVIIIe siècle européen — qui l’invente ? Celui d’aujourd’hui — qui ne sait plus ce qu’il désigne ? Le mot grec est…

  • Focillon, ou l’atelier contre la tribune

    Nietzsche, Généalogie de la morale, III, §6 : Kant a pensé le beau depuis le spectateur — jamais depuis l’artiste. Le diagnostic a cent trente-huit ans. Il reste intact. Toute l’esthétique philosophique, ou presque, continue de penser l’art depuis celui qui regarde, écoute, lit. Pas depuis celui qui fait. Focillon est l’exception. Vie des formes (1934) ne…

  • Depuis l’artiste

    Nietzsche, IIIe Dissertation de la Généalogie de la morale, §6 : « La seule chose que je veuille souligner, c’est que, comme tous les philosophes, au lieu d’envisager le problème esthétique en partant de l’expérience de l’artiste (du créateur), Kant a médité sur l’art et le beau du seul point de vue du « spectateur » et qu’il a…

  • Phidias entre deux feux

    Un vieux livre de Henri Lechat, Phidias et la sculpture grecque au Vᵉ siècle (1906, réédition 1924, E. de Boccard, Éditeur, Paris). Style suranné, érudition impeccable. Deux pôles. Polyclète et l’école d’Argos : le Doryphore comme canon. Proportions fixées, eurythmie du corps, beauté idéale — la forme qui tient. Esprit dorien. En face, Myron : le Discobole, le…

  • Pourquoi les philosophes écrivent-ils si bien de la musique ?

    Hirt, dans La condition musicale : « Si l’on accepte, mais comment pourrait-il en être autrement, que le monde est ce qui nous apparaît dans le dépliage de l’image qu’il finit par être, alors dans cette réflexion on ne pourra plus jamais se satisfaire de l’idée que la musique n’est rien que de la musique. » Dans la…

  • Valéry sur Degas : l’art savant

    Une œuvre était pour Degas le résultat d’une quantité indéfinie d’études, et puis, d’une série d’opérations. Deux temps. L’accumulation sans terme — puis la construction. Le premier ne suffit pas ; le second fait l’œuvre. « Série » : un ordre, une séquence, des gestes dénombrables. Pas l’inspiration. Des opérations concrètes, menées dans le matériau, contre le matériau. Degas, lui,…

  • La boue et l’or — Rembrandt, trois fois

    Au Louvre, l’autre jour, devant le Bœuf écorché. La carcasse ouverte, fendue en deux, suspendue à la traverse. Les empâtements de blanc de plomb déposés sur les terres d’ombre. La graisse brille. Le sang sèche. La matière picturale et la matière animale ne se distinguent plus. Je revois l’Autoportrait d’Aix. Peint quatre ans plus tard…

  • Ceci n’est pas une peinture

    Aucune reproduction de peinture ne figure sur ce site. Une photographie d’un Rembrandt n’est pas un Rembrandt — c’est un relevé de surface, une dépouille chromatique. La matière manque, l’épaisseur manque, le format manque, la lumière qui tombe sur le grain manque. Autant écouter l’Opus 131 en fichier MIDI : les hauteurs sont là, les durées sont…

  • Dire, se taire.

    Wittgenstein, préface du Tractatus : « Was sich überhaupt sagen lässt, lässt sich klar sagen ; und wovon man nicht reden kann, darüber muss man schweigen. » Je traduis : Ce qui peut se dire se dit clairement ; et ce dont on ne peut parler, là-dessus on doit se taire. Deux options, rien entre les deux. Clarté ou silence. Héraclite…