écrire le grec ancien sur un clavier azerty

À la lecture de la page de l’Hymne à Zeus de Cléanthe, ou des fragments d’Héraclite que j’héberge sur mon carnet, une lectrice me demande comment je fais pour écrire tout ce grec ancien.

Il se trouve qu’un clavier existe : les touches de l’azerty réaffectées au grec ancien, sous Linux. Il s’appelle Ancient Greek — Azerty, il est de Jules Bouton, déposé sur GitLab en 2020. Il repose lui-même sur la disposition grecque de X.org. Bouton y a ajouté le grec ancien : les esprits, l’iota souscrit, le digamma, les longues et les brèves, et une centaine de caractères archaïques. Tout le travail est là. Le principe qui le tient est le bon : rester aussi près que possible du clavier français, pour que la main n’ait rien à réapprendre.

Trois touches me gênaient à l’usage. Je les ai déplacées.

ξ était sur J, χ sur X. Pour autant, en français, ξ se translittère x — Ξενοφῶν donne Xénophon, ξένος donne xénophobie. La main va sur X et attend ξ. Je les ai échangés ; χ a pris la touche restée libre, donc le J. Bouton écrit lui-même qu’« il n’y a pas de convention » pour placer ξ, ψ, θ, que ses choix tiennent à sa pratique, et qu’on peut aller changer les positions si l’une d’elles paraît absurde à l’usage. Elle me l’a paru. J’ai changé.

Le ϐ est une autre affaire. L’usage typographique français imprime β au début du mot et ϐ à l’intérieur : βίϐλος, σύμϐολον. Bouton l’avait prévu, en AltGr++B, comme les autres lettres dérivées. Je m’en sers assez pour qu’AltGr casse la frappe. La touche V portait ω, qui se trouve déjà sur W : la place était libre. ϐ s’y est mis, Β sur la majuscule.

Le fichier de disposition est un fichier texte, et il se lit. Une ligne par touche, un nom de lettre à remplacer par un autre. On recopie le fichier, on redémarre la session. Le dépôt donne les commandes pour Ubuntu ; sur ma Fedora, le fichier se trouve au même endroit, et rien d’autre ne change.

Voilà tout. Trois touches déplacées sur un clavier que d’autres ont construit, et qui, depuis, écrit le grec presque aussi vite que le français.


Référence : le clavier de Jules Bouton, outils-pour-le-grec/clavier-grec-ancien-azerty, sur GitLab (installation, tableau des caractères archaïques, fichier .XCompose pour les diacritiques). Disposition grecque d’origine : Kostas Gewrgiou, Vasilis Vasaitis, Ivan Pascal.