On me demande pourquoi j’ai écrit il faut couper du bois.
Je lisais la Genèse de Guido Tonelli, un physicien qui raconte les premiers instants de l’univers. Tout allait bien jusqu’à la question d’avant. Ce qu’il y avait avant le big bang. Tonelli prévient que la question est mal posée — le temps naît avec l’univers, pas d’horloge au-dehors. Il la pose quand même, le temps d’un chapitre, parce qu’on ne raconte pas sans elle. L’avant d’avant l’avant, là où le mot perd son sol. Se le demander me donne le tournis et m’amuse. Ce qui revient au même.
« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Le philosophe le plus grave pose la question de l’enfant qui retarde l’heure du coucher. On tire le fil, le fond cède. Devant ce vertige, m’est venu un geste : une bûche sur le billot, le fer qui entre dans le grain, le bois qui s’ouvre en deux. On a froid, on s’y remet.
De là le livre. Son titre est une fin de non-recevoir : il faut couper du bois.
Quand on me demande pourquoi ce livre, je réponds : tout ce que j’ai trouvé après trois pages de Heidegger.