Catégorie : Philosophie

Les articles concernant la philosophie, particulièrement l’esthétique, la poïétique, l’ontologie, l’éthique, l’art

  • Le bignonia retrouvé

    Bergounioux publie Le Matin des origines en 1992. Une phrase y porte tout le différend : « Je l’ai retrouvée, haut ceinturée comme une incroyable du Directoire, orangée, fraîche éclose, trente ans plus tard. » La fleur, c’est le bignonia de la Roque, en Quercy, qui se nouait à la rampe en fer de l’escalier monumental de la…

  • Le breuvage qu’il faut remuer

    καὶ ὁ κυκεὼν διίσταται μὴ κινούμενος. Le breuvage d’orge se décompose si on ne le remue pas. Héraclite, fragment 125 Cette épigraphe ouvre il faut couper du bois. Le κυκεών est une bouillie. Une mixture domestique. Au chant XI de l’Iliade, Hécamède en prépare une pour Nestor : vin de Pramnos, fromage de chèvre râpé sur…

  • Toute image est une absence ?

    Trente-six mille ans avant nous, dans la grotte Chauvet, un homme pose la main contre la roche, prend du pigment rouge dans la bouche, souffle. Il retire la main. La paroi a gardé le contour en réserve, blanche sur fond d’ocre. La main est encore là. Rien qui renvoie ailleurs. Pas de scène, pas de…

  • Le surgissement aime à se dérober

    Trois mots grecs. Un nom, un infinitif, un verbe conjugué. φύσις κρύπτεσθαι φιλεῖ On traduit : « La nature aime à se cacher. » Le mot Φύσις ne veut pas dire « nature ». Le mot vient de φύω : pousser, croître, surgir. La racine indo-européenne est bhū-, qui donne le latin fui, l’anglais to be, le sanscrit bhavati. Avant de…

  • Revenir, augmenter

    On a tous été saisis. Une chanson de trois accords, un soir d’été, et tout le corps cède. Gorge serrée, ventre noué, quelque chose entre la joie et la peine qui ne se nomme pas. L’émotion brute ne demande ni préparation, ni culture, ni deuxième écoute. Elle frappe. Et c’est assez. On y revient. Même…

  • Joyce, le tas qui tient

    Paris, 1939. James Joyce dépose Finnegans Wake après dix-sept ans de travail. Six cent vingt-huit pages. Soixante langues. Aucune concession. Il ne simplifie rien, n’explique rien. Il dépose et meurt vingt mois plus tard. Le livre est illisible. L’accusation revient à chaque génération, intacte. La défense aussi : pas illisible — dense. Chaque mot comprime deux langues,…

  • Le tas et la glaise — Souriau, Rosset, Héraclite

    Le tas de glaise Un tas de glaise sur une sellette. Existence physique totale — poids, humidité, résistance sous le pouce. Existence esthétique nulle. Rien ne rayonne, rien ne tient encore, rien ne paraît. L’ébauchoir n’a pas touché la masse. La sculpture n’existe pas. Pourtant elle est là, dit Souriau, à l’état de « demi-jour ». Pas absente.…

  • Deux ré — Bach partita n°2

    Cöthen, entre 1717 et 1720. Bach écrit six pièces pour violon seul. Pas de basse continue, pas d’accompagnement. Un instrument à quatre cordes, seul face au silence. Sur la page de titre, il note : Sei Solo. Six solos — mais aussi, en italien bancal, sois seul. Le violon ne peut compter que sur lui-même. La Partita…

  • Rancière — ce qui persiste quand le partage a changé

    Jacques Rancière L’expérience esthétique. Dialogue avec Bernard Aspe. Nous, 2025. Un serrurier, début du XIXe siècle. Il se plaint. N’est pas dans sa vocation. Aurait voulu être peintre. Il oppose un geste des mains à un autre : celui, doux, de l’artiste libre qui a le temps, contre les gestes brutaux du travailleur contraint. Deux phrases,…

  • Deux crânes : Basquiat — Warhol

    Même sujet : le crâne, la mort. Deux gestes opposés. Jean-Michel Basquiat peint Untitled (Skull) en 1981. Acrylique et pastel gras sur toile, 205,7 × 175,9 centimètres. Un crâne à l’échelle d’un corps humain. Premier contact : la taille m’arrête. L’image s’efface devant la présence. Le crâne occupe quatre-vingts pour cent de la surface, décentré vers la…