Étiquette : Épistrophè

  • Ulysse : Mulligan veut enseigner les Grecs à Télémaque

    Je reviens souvent à Ulysse. Tour Martello, au-dessus de la baie de Dublin, le matin du 16 juin 1904. Buck Mulligan se rase sur la terrasse, regarde la mer. Il a une émotion lettrée. Alors il la cite. Dans la traduction d’Auguste Morel, revue par Larbaud : La voilà bien la mer, celle d’Algy, la grise…

  • Une voyelle, une consonne

    Une voyelle sépare κοινός de καινός. Un alpha à la place d’un omicron, rien de plus. Le commun, le neuf. La langue grecque a posé les deux mots à un iota l’un de l’autre, comme pour nous encourager à les penser ensemble. On dit Bach, Basquiat, Beethoven, et l’on entend la fatigue du dit. Le…

  • Indiquer, déposer

    Sur Héraclite, le sujet de Jean François Billeter, Allia, 2022 J’ai acheté mon premier Billeter en 2004 pour de mauvaises raisons. Quelques années plus tôt, j’avais lu en Pléiade les Philosophes taoïstes dans la traduction de Liou Kia-hway, et j’en étais sorti avec le désir d’aller plus loin. Tchouang-tseu m’avait frappé en me laissant sur…

  • Bignone, bignonia : retour sur un retour

    Reprise sur Le Matin des origines de Pierre Bergounioux J’ai écrit ici, il y a trois jours, que la prose de Bergounioux performe l’augmentation au moment même où elle pleure la perte. La fleur de la Roque — celle qui se nouait à la rampe en fer de l’escalier monumental — avait gagné le mot trente ans…

  • Le bignonia retrouvé

    Bergounioux publie Le Matin des origines en 1992. Une phrase y porte tout le différend : « Je l’ai retrouvée, haut ceinturée comme une incroyable du Directoire, orangée, fraîche éclose, trente ans plus tard. » La fleur, c’est le bignonia de la Roque, en Quercy, qui se nouait à la rampe en fer de l’escalier monumental de la…

  • Revenir, augmenter

    On a tous été saisis. Une chanson de trois accords, un soir d’été, et tout le corps cède. Gorge serrée, ventre noué, quelque chose entre la joie et la peine qui ne se nomme pas. L’émotion brute ne demande ni préparation, ni culture, ni deuxième écoute. Elle frappe. Et c’est assez. On y revient. Même…

  • Le tas et la glaise — Souriau, Rosset, Héraclite

    Le tas de glaise Un tas de glaise sur une sellette. Existence physique totale — poids, humidité, résistance sous le pouce. Existence esthétique nulle. Rien ne rayonne, rien ne tient encore, rien ne paraît. L’ébauchoir n’a pas touché la masse. La sculpture n’existe pas. Pourtant elle est là, dit Souriau, à l’état de « demi-jour ». Pas absente.…

  • Lear, ou la folie comme syntaxe

    King Lear, William Shakespeare, vers 1606. Acte III, scène 2. Lande désolée, nuit d’orage. Le roi Lear, chassé par ses filles, se plante au cœur de la tempête et la somme de tout détruire : Blow, winds, and crack your cheeks! Rage! Blow!You cataracts and hurricanoes, spoutTill you have drench’d our steeples, drown’d the cocks!You sulphurous…

  • Deux crânes : Basquiat — Warhol

    Même sujet : le crâne, la mort. Deux gestes opposés. Jean-Michel Basquiat peint Untitled (Skull) en 1981. Acrylique et pastel gras sur toile, 205,7 × 175,9 centimètres. Un crâne à l’échelle d’un corps humain. Premier contact : la taille m’arrête. L’image s’efface devant la présence. Le crâne occupe quatre-vingts pour cent de la surface, décentré vers la…

  • L’arithmétique du ressaut

    Une formule grecque que j’ai forgée par jeu : « Ἡ ἐπιστροφὴ αὔξει ». Le retour fait croître. ἐπιστροφή vient de Plotin, αὔξει est un verbe d’Héraclite. Deux inconciliables. Je les assemble. John Cage, dans son ouvrage Silence, donne ce qui ressemble à un mode d’emploi : In Zen they say: If something is boring after two minutes, try…