Valéry sur Degas : l’art savant

« Une œuvre était pour Degas le résultat d’une quantité indéfinie d’études, et puis, d’une série d’opérations. »

Deux temps. L’accumulation sans terme — puis la construction. Le premier ne suffit pas ; le second fait l’œuvre. « Série » : un ordre, une séquence, des gestes dénombrables. Pas l’inspiration. Des opérations concrètes, menées dans le matériau, contre le matériau.

Âmes sensibles rassurées : il restera toujours des gens pour croire qu’un chef-d’œuvre naît d’un frisson bien placé.

Degas, lui, « diffère la jouissance, crée la difficulté, craint les plus courts chemins ». Fabriquer la joie prend du temps. Tout le contraire de la recevoir.

Valéry ne dit pas autre chose que Ponge devant le pain : la croûte n’est pas donnée — le four la fabrique.

(Paul Valéry, Degas danse dessin, p. 12)