Pourquoi les philosophes écrivent-ils si bien de la musique ?

Hirt, dans La condition musicale : « Si l’on accepte, mais comment pourrait-il en être autrement, que le monde est ce qui nous apparaît dans le dépliage de l’image qu’il finit par être, alors dans cette réflexion on ne pourra plus jamais se satisfaire de l’idée que la musique n’est rien que de la musique. » C’est admirablement écrit — dans la musique, pas sur elle. La phrase elle-même se déplie comme ce qu’elle décrit. Comme Jankélévitch, comme Rosset, comme Adorno, comme Nietzsche avant eux. La philosophie, lorsqu’elle rencontre la musique, atteint une justesse d’écriture qu’elle trouve rarement ailleurs.

Mais des arts plastiques ? Presque rien. Deleuze écrit des choses remarquables à propos de la peinture — il n’écrit pas dans la peinture. Peut-être parce que la musique, ne représentant rien, contraint le philosophe à s’en tenir au matériau : il n’a pas d’autre prise. La peinture représente — et la représentation est un piège. On décrit ce qu’on voit, on commente ce qui a été dit, on parle du tableau au lieu de parler depuis le tableau. La question reste ouverte.

(Lecture en cours : André Hirt, La condition musicale, encre marine, 2018.)