Dire, se taire.

Wittgenstein, préface du Tractatus : « Was sich überhaupt sagen lässt, lässt sich klar sagen ; und wovon man nicht reden kann, darüber muss man schweigen. »

Je traduis : Ce qui peut se dire se dit clairement ; et ce dont on ne peut parler, là-dessus on doit se taire.

Deux options, rien entre les deux. Clarté ou silence.

Héraclite passe pour l’exact contraire — ὁ σκοτεινός, « l’Obscur ». Les doxographes l’ont dit, vingt-cinq siècles l’ont répété. Or c’est un contresens. Fragment 124 : des choses répandues au hasard, le plus beau, la cosmance. Fragment 52 : la vivance est un enfant qui joue aux pions: la souveraineté est celle d’un enfant. C’est limpide. Pas un mot de trop, pas un mot qui manque. Héraclite dit clairement ce qu’il dit. Wittgenstein n’y trouverait rien à redire.

Mais on y revient. On relit le fragment 124 une cinquième fois, une dixième, et il donne encore. Pas parce qu’il serait obscur — s’il l’était, une fois déchiffré ce serait fini. Parce qu’il est dense. La clarté n’empêche pas le retour. Elle le provoque. Ce qui est clair et épuisable, on le lit une fois. Ce qui est clair et inépuisable, on y revient.

On revient à la proposition 7, comme on revient aux 6 premières.

Wovon man nicht reden kann, darüber muss man schweigen.

La densité n’est pas l’obscurité. L’obscurité empêche de comprendre. La densité empêche d’épuiser.

Ἡ ἐπιστροφὴ αὔξει